Fès, Maroc : la médina piétonne, les tanneries et la plus ancienne université
Guide de la ville avec infos clés, voyages, business et culture.
Aperçu
La médina piétonne
Médersas et Qaraouiyine
Artisanat vivant
La meilleure table du pays
Culture
Infos pratiques
Si vous avez déjà vu Marrakech, Fès est l'autre voyage — et pour un voyageur francophone, c'est précisément celui que l'on remet à plus tard. Il ne faudrait pas. Fès est la plus ancienne des villes impériales et la moins retouchée, et un seul fait suffit à la définir : sa médina ne connaît pas la voiture. Fès el-Bali forme la plus grande zone urbaine piétonne du monde, une ville close de murailles où quelque neuf mille ruelles s'entrelacent, où les marchandises circulent encore à la charrette et au mulet parce que rien d'autre ne passe, et dont le plan n'a jamais été rationalisé pour la commodité de qui que ce soit. Vous vous perdrez : ce n'est pas un défaut de préparation, c'est l'expérience même, et les ruelles sont assez courtes et les habitants assez serviables pour que l'égarement reste bref. À l'intérieur se concentrent des choses qui n'existent nulle part ailleurs à cette densité : la Qaraouiyine, fondée en 859 et tenue pour la plus ancienne université en activité continue au monde ; des médersas dont les cours sont couvertes du sol au plafond de cèdre sculpté, de plâtre ciselé et de zellige ; et les tanneries de Chouara, où les peaux se travaillent encore dans des cuves de pierre, que l'on observe depuis les terrasses des marchands de cuir. Ce qui sépare Fès des autres grandes villes du royaume, c'est que l'artisanat y reste une économie et non une vitrine. Ajoutez la table la plus sérieuse du Maroc : trois jours au minimum.
Découvrir Fes
Fès ou Marrakech : la question que se pose vraiment ce lecteur
Les liaisons directes, les riads et les week-ends prolongés ont fait de Marrakech la porte marocaine du voyageur francophone, et Fès reste la ville que l'on garde « pour une prochaine fois ». Les deux ne sont pourtant pas interchangeables. Marrakech est plus immédiatement agréable, mieux équipée en hôtels, en tables et en vie nocturne, et sa médina est plus petite et plus mise en scène. Fès est plus ancienne, bien plus vaste comme tissu médiéval, nettement moins retouchée, et son artisanat travaille pour le marché intérieur plutôt que pour le visiteur. Elle demande davantage et rend davantage. Si vous connaissez déjà Marrakech, ce n'est pas une redite : c'est l'autre moitié du pays.
Fès el-Bali — la médina sans voitures
La vieille ville close est la raison de venir, et il faut l'aborder comme un lieu où être plutôt que comme une liste. On entre par Bab Boujloud, la porte aux faïences bleues, et les deux artères principales vous entraînent vers les souks ; dès qu'on les quitte, les ruelles se rétrécissent à la largeur d'une épaule, passent en tunnel sous les maisons et s'achèvent sans prévenir. Charrettes et mulets transportent tout, et le cri qui vous demande de vous plaquer contre le mur s'apprend vite. Conseils qui servent vraiment : repérez la porte la plus proche plutôt que de mémoriser un trajet, gardez par écrit le nom de votre riad et de sa ruelle, et acceptez que la carte du téléphone soit mise en échec par les encorbellements.
La Qaraouiyine et les médersas
Fondée en 859 par Fatima al-Fihri, la Qaraouiyine est généralement reconnue comme la plus ancienne université en activité continue au monde, avec une bibliothèque restaurée et une mosquée en son cœur. Lieu de culte en activité, sa salle de prière n'est pas ouverte aux non-musulmans, mais plusieurs portes des ruelles alentour offrent des vues cadrées sur la cour. Ce qui se visite entièrement, ce sont les médersas, les collèges historiques, et elles sont extraordinaires : Bou Inania et Al-Attarine ouvrent chacune sur une cour travaillée en cèdre sculpté, plâtre ciselé et zellige sur toutes les surfaces, avec un décor géométrique qui se répète sans jamais tout à fait se résoudre.
Les tanneries de Chouara
Les tanneries sont l'image même de Fès : une cour de cuves de pierre emplies de teintures et de chaux, des peaux étendues sur tous les toits alentour, un travail à la main tel qu'il se pratique depuis des siècles. On les observe depuis les terrasses des boutiques de cuir qui encerclent la cour — c'est l'arrangement, et l'on vous tendra un brin de menthe à l'entrée, dont vous serez reconnaissant, car l'odeur est puissante. Rien ne vous oblige à acheter, mais la terrasse et la boutique sont la même affaire : attendez-vous à une proposition courtoise en redescendant. La lumière du matin est la meilleure et les cuves y sont les plus animées.
L'artisanat comme économie réelle
Ce qui distingue Fès des villes qui se contentent de vendre de l'artisanat, c'est qu'on y fabrique encore, à grande échelle et pour le marché intérieur. Dans les ateliers de zellige, chaque tesselle est taillée à la main au marteau dans un carreau cuit : si les compositions peuvent être aussi complexes, c'est que le carreau est découpé pour épouser le motif, et non le motif conçu autour d'un carreau carré. Sur la place des dinandiers, le martèlement du laiton et du cuivre ne s'arrête jamais. Ailleurs travaillent des tisserands, des potiers au fameux bleu de Fès, des sculpteurs sur cèdre et des relieurs. Les ateliers accueillent volontiers qui demande, et regarder ne coûte rien.
Fès el-Jdid, le mellah et la ville nouvelle
Fès est en réalité trois villes. Au-delà de la vieille médina s'étend Fès el-Jdid, quartier clos plus tardif qui abrite le palais royal — dont les immenses portes de laiton, serties de faïences, constituent la photographie, le palais lui-même étant fermé — et, à côté, le mellah, quartier historique dont les hautes maisons à balcons ne ressemblent en rien aux murs aveugles de la médina. La synagogue Ibn Danan, restaurée, s'y visite et vaut le détour. Plus loin encore, la ville nouvelle déroule un plan du XXe siècle fait de larges boulevards, de terrasses de café et de commerces modernes : utile pour les banques, pour dîner autrement et pour souffler après l'intensité de la vieille ville.
La pastilla, et la table que vous connaissez déjà un peu
Fès passe pour la capitale gastronomique du Maroc, et le plat qui le prouve est celui que cette famille de lecteurs a déjà mangé chez elle : la pastilla, feuilleté de warqa fourré traditionnellement au pigeon, aujourd'hui plus souvent au poulet, relevé de cannelle et d'amandes puis saupoudré de sucre. Goûtée ici, elle est plus fine et moins sucrée que la plupart des versions servies en Europe, et c'est une découverte en soi. Autour d'elle : la harira, épaisse soupe de tomate et de lentilles ; les tajines mijotés au citron confit et aux olives ou aux pruneaux et amandes ; le khlii, viande confite, au petit-déjeuner avec des œufs. Les dîners de riad sont souvent le meilleur de la ville et se commandent des heures à l'avance.
Y aller, le guide, et la langue qui vous sert ici
Fès a son aéroport, relié à plusieurs villes européennes, et le train la rattache à Casablanca, Rabat, Tanger et Marrakech — le rail reste la façon la plus civilisée de circuler au Maroc. Pour la médina, un guide officiel pour la première demi-journée vaut réellement son prix : non pour vous montrer les sites, que vous trouveriez, mais pour acquérir une carte mentale et circuler sans négociation permanente ; fixez le programme d'avance et dites clairement si vous préférez éviter les boutiques. Un avantage concret pour vous : le français est une langue de travail courante au Maroc — commerces, hôtels, guides, gares — et il transforme une médina difficile en ville praticable.
J'ai déjà fait Marrakech — Fès vaut-elle un second voyage au Maroc ?
Oui, et ce n'est pas une redite. Fès est plus ancienne, bien plus vaste comme tissu médiéval, nettement moins retouchée, et son artisanat travaille pour le pays plutôt que pour le visiteur : on y regarde tailler le zellige et marteler le laiton pour de vrai. En contrepartie, elle offre moins de confort organisé et demande davantage d'efforts. Marrakech est plus immédiatement plaisante, mieux dotée en hôtels, en tables et en vie nocturne, et plus proche en vol direct. Les deux villes racontent deux moitiés différentes du même pays ; si vous ne connaissez que l'une, l'autre reste entière à découvrir.
Va-t-on se perdre dans la médina, et est-ce grave ?
Oui, et non. Fès el-Bali compte des milliers de ruelles sans plan rationnel, qui changent de largeur sans prévenir, et la carte du téléphone peine là où les maisons enjambent la rue. Se perdre est l'expérience ordinaire, pas une erreur. Ce qui rend la chose gérable, c'est que la médina est close : les portes sont les points fixes. Repérez la plus proche, gardez par écrit le nom de votre riad et de sa ruelle, et adressez-vous à un commerçant plutôt qu'à quelqu'un qui vous aborde. Un guide officiel la première demi-journée vaut son prix, surtout parce qu'on en ressort avec une carte mentale.
Le français suffit-il à Fès ?
Très largement. Le français est une langue de travail courante au Maroc : hôtels, riads, restaurants, commerces, gares, guides officiels et administration le pratiquent, et la signalétique est fréquemment bilingue. Concrètement, cela change la nature du séjour — vous négociez, demandez votre chemin, comprenez une explication d'atelier et réglez un imprévu sans passer par une langue tierce, dans une ville où l'orientation est l'obstacle principal. Quelques mots d'arabe marocain sont toujours appréciés, mais rien de tout cela n'est nécessaire pour voyager confortablement ici.
Combien de jours prévoir ?
Trois au minimum. La première journée est avalée par la médina presque immédiatement ; la deuxième permet les médersas, les tanneries et les ateliers sans courir ; la troisième couvre Fès el-Jdid, le mellah et le panorama des tombeaux mérinides, ou une excursion au site romain de Volubilis et à la ville sainte de Moulay Idriss. Deux jours restent possibles, mais la médina se laisse apprivoiser par la répétition — une ruelle parcourue hier devient lisible aujourd'hui — et c'est précisément ce qu'un séjour comprimé supprime.