Santo Domingo : la Zone coloniale, la bachata et le malecón
Guide de la ville avec infos clés, voyages, business et culture.
Aperçu
La Zone coloniale
Bachata et merengue
Le baseball d'hiver
Le malecón et Los Tres Ojos
Mangú, sancocho et mamajuana
Les plages du dimanche
Histoire
Culture
Infos pratiques
Il y a de fortes chances que ce voyage commence par une salle de danse plutôt que par un guide : la bachata est depuis une quinzaine d'années un pilier des cours en France, en Belgique, en Suisse et au Québec, et des centaines de milliers de francophones l'ont apprise sans jamais venir là où elle est née. C'est ici. Elle et le merengue sont sortis de cette île, et ce ne sont pas des musiques patrimoniales : c'est ce qui joue le mardi soir devant l'épicerie du coin. Or presque personne ne voit la capitale — les vols charters déposent les vacanciers à Punta Cana et les complexes sont ailleurs — ce qui laisse à Santo Domingo un avantage rare : une grande ville caraïbe, bruyante et vivante, où le tourisme est marginal plutôt que structurel. Son centre est la Zone coloniale, damier compact de ruelles de calcaire clair près de l'embouchure de l'Ozama, tracé à partir de 1498, avec la plus ancienne cathédrale conservée des Amériques et une série de bâtiments de pierre, de places et de patios de la même époque. Ce qui rend le quartier habitable pour le visiteur, ce ne sont pas les dates : c'est qu'on y vit. Écoles, quincailleries, coiffeurs et bars partagent les rues avec les monuments, et les places se remplissent le soir de familles, de dominos et de musique. Au-delà, la ville file vers l'ouest derrière le malecón, front de mer de plusieurs kilomètres qui sert de jardin collectif. Ajoutez le baseball, plus proche d'une institution civique que d'un sport, et une cuisine qui récompense l'attention : deux ou trois jours dans la capitale sont la partie du voyage dominicain que l'on saute, et que l'on regrette.
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La Zone coloniale : des rues de pierre où l'on habite
Le vieux quartier est petit — vingt minutes suffisent à le traverser — et son plaisir tient à la matière plus qu'aux monuments. Les rues sont étroites et pavées de calcaire clair, les bâtiments bas et à murs épais, avec de profonds embrasements de fenêtres et des patios intérieurs, et la trame descend jusqu'à l'Ozama où le sol tombe vers l'eau. La chronologie, dite une fois et laissée tranquille : l'établissement date de 1498, la cathédrale est la plus ancienne conservée des Amériques, et plusieurs édifices de pierre alentour sont de la même période, dont l'Alcázar, qui abrite aujourd'hui un musée de mobilier et d'objets. La Calle las Damas, qui longe le côté est, est la plus belle rue à parcourir. Ce qui empêche le quartier de n'être qu'un décor patrimonial, c'est qu'il n'a jamais été vidé : les mêmes îlots abritent écoles, commerces de quartier, barbiers et ateliers, et le soir la Plaza de España se garnit le long de la terrasse au-dessus du fleuve tandis que le Parque Colón accueille joueurs de dominos et cireurs de chaussures. Sortez à la nuit plutôt qu'à midi : la pierre restitue la chaleur du jour, et ce quartier est fondamentalement nocturne.
Bachata et merengue : venir à la source
Ce que l'on apprend en cours en Europe ou au Québec est ici une pratique sociale, et la différence saute aux yeux dès la première soirée. La bachata est née dans les campagnes dominicaines, portée par la guitare, longtemps méprisée dans la capitale avant de conquérir le monde ; elle est aujourd'hui inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Le merengue est plus ancien et plus rapide — deux temps, accordéon, tambora et güira de métal — et c'est la musique des défilés, des mariages et de toute fête de rue de taille suffisante. Deux ajustements pour qui arrive avec des cours dans les jambes. D'abord, la bachata dansée ici est plus proche du sol et plus sobre que les variantes sensuelles enseignées en salle : moins d'ondulations, plus de musicalité, et un partenaire qui écoute la guitare plutôt que le compte. Ensuite, le lieu n'est pas la scène mais le colmado — l'épicerie de coin qui vend riz, bière et recharges téléphoniques et pose ses enceintes sur le trottoir — et les places de la Zone coloniale le week-end. Il existe aussi de vraies pistes dans le vieux quartier où les habitants dansent sérieusement et où un débutant est bienvenu : l'étiquette tient en un mot, demander.
Le baseball, qui n'est pas vraiment un sport ici
La République dominicaine fournit plus de joueurs de ligue majeure par habitant que n'importe quel pays au monde, et le jeu occupe dans la vie nationale une place plus proche de l'institution civique que du loisir. La ligue professionnelle d'hiver se tient d'octobre à janvier environ, et le stade de la capitale est l'endroit pour comprendre : la foule donne de la voix dès le premier lancer, il y a des tambours et des cuivres dans les gradins, des danseuses entre les manches, et la bière et la nourriture circulent sans interruption. Le spectacle n'a rien de la version nord-américaine — l'ambiance tient davantage d'une tribune de football — et il est bon marché et accueillant pour un étranger. Hors saison, le jeu reste partout visible : les enfants y jouent sur n'importe quel terrain plat avec du matériel improvisé, et les académies que les clubs majeurs entretiennent dans le pays constituent une véritable industrie. Si votre séjour tombe en hiver, un match est la meilleure soirée disponible à Santo Domingo, et il en dira plus sur le pays que n'importe quel musée.
Le malecón, le fleuve et les trois yeux de calcaire
À l'ouest du vieux quartier, la ville se tourne vers la mer le long du malecón, boulevard de front de mer qui court sur plusieurs kilomètres, la Caraïbe d'un côté, la ville de l'autre. Il n'y a pas de plage : le rivage est rocheux et l'eau vient buter dessus, si bien que le malecón fait office de promenade, de piste de course, de lieu de rendez-vous et, le week-end comme au carnaval, de scène à ciel ouvert pour des foules considérables. C'est là que la ville prend le frais. À l'est, au-delà de l'Ozama, Los Tres Ojos mérite une heure : un parc aménagé sur un réseau de grottes calcaires effondrées, où trois puits à ciel ouvert abritent au fond de conduits végétalisés des lagunes d'une transparence saisissante, avec un petit radeau tiré à la main pour passer d'une salle à l'autre. Pour se baigner, on quitte la ville : Boca Chica et Juan Dolio, à moins d'une heure vers l'est, sont les plages du dimanche des habitants — peu profondes, abritées par le récif — et non celles où l'on emmène les touristes.
Le mangú, le sancocho et le colmado
La cuisine dominicaine est une cuisine à part entière et il faut commander local plutôt que prudent. Le petit-déjeuner, c'est le mangú : bananes plantains vertes bouillies puis écrasées en purée lisse, couronnées d'oignon rouge mariné, et servies dans leur version complète en los tres golpes — les trois coups — avec fromage frit, salami et œuf. Le déjeuner ordinaire est la bandera, le drapeau : riz, haricots mijotés et une viande, avec salade et plantain frit, pris au milieu du jour quand la chaleur interdit le reste. Le plat qui compte socialement est le sancocho, épais ragoût de plusieurs viandes et de tubercules qui demande des heures et que l'on cuisine quand toute la famille vient ; il figure sur les cartes, mais c'est fondamentalement un plat de maison. Autour : fritures de rue, cacao et café d'excellente qualité venus de l'intérieur montagneux, fruits tropicaux, et la mamajuana, macération de rhum et de vin sur écorces et herbes dont chaque bar a sa version. Le colmado relie tout cela — mi-épicerie, mi-bar, centre social de fait, ouvert tard, avec ses chaises en plastique sur le trottoir.
Arriver, le métro, et la bonne saison
L'aéroport international de Las Américas (SDQ) se trouve à l'est de la ville, relié au centre par une route directe, et un second aéroport plus petit est plus proche encore. Santo Domingo possède une chose rare dans la Caraïbe : un métro moderne, propre, climatisé et bon marché, réellement utile sur l'axe nord-sud, même s'il ne dessert pas directement la Zone coloniale. Pour le reste, la ville circule en carro público ou concho — voitures partagées sur itinéraire fixe, bon marché et pleines — en guaguas, minibus du même principe, et en taxis commandés par application, l'option la plus simple pour un visiteur. Le vieux quartier se parcourt à pied. Côté saison, les mois secs et plus frais, de décembre à avril environ, sont les plus confortables et coïncident avec la saison de baseball et le carnaval de février ; l'été est chaud et humide, et la saison cyclonique court de juin à novembre, avec un risque maximal d'août à octobre. Quel que soit le mois, le rythme reste le même : ville close et silencieuse au plus fort de l'après-midi, entièrement vivante à partir de dix-huit heures.
La capitale vaut-elle le détour si je vais dans un complexe balnéaire ?
Oui, et c'est précisément ce que l'on saute. Santo Domingo est une vraie ville caraïbe et non une station : un petit quartier ancien en pierre réellement habité, le berceau du merengue et de la bachata, et le baseball en hiver. Deux ou trois jours suffisent, et le voyage n'a rien à voir avec Punta Cana.
Y a-t-il des plages à Santo Domingo ?
Pas en ville : le rivage du malecón est rocheux, et le boulevard sert de promenade et non de front de plage. Boca Chica et Juan Dolio se trouvent à moins d'une heure vers l'est, peu profondes et abritées par le récif — ce sont les plages du dimanche des habitants.
J'ai appris la bachata en cours : où la danser sur place ?
Pas dans un spectacle. Les places de la Zone coloniale le week-end et n'importe quel colmado ayant sorti ses enceintes suffisent, et le vieux quartier compte de vraies pistes où l'on danse sérieusement et où un débutant est bienvenu. Attendez-vous à une bachata plus sobre et plus musicale que les variantes enseignées en salle.
Quelle est la meilleure période ?
De décembre à avril, plus sec et plus frais, ce qui recouvre à la fois la saison de baseball et le carnaval de février. L'été est chaud et humide, et la saison cyclonique court de juin à novembre, avec un risque maximal d'août à octobre.
Comment circuler ?
Le métro est moderne, climatisé et bon marché, mais il ne dessert pas directement la Zone coloniale. Les conchos, voitures partagées sur itinéraire fixe, et les guaguas couvrent le reste de la ville pour presque rien ; les taxis par application restent le plus simple, surtout le soir. Le vieux quartier se parcourt à pied.
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