Port-d'Espagne, Trinité-et-Tobago
Guide de la ville avec infos clés, voyages, business et culture.
Aperçu
Le carnaval
Panyards et steelpan
Doubles et cuisine de rue
La Savannah et les demeures
Culture
Infos pratiques
Si vous connaissez le carnaval de Fort-de-France ou de Pointe-à-Pitre, Port-d'Espagne vous tend le miroir grandeur nature : même saison, traditions de mas apparentées, mais une autre échelle et une autre musique — et c'est ici que le steelpan a été inventé. Voilà ce qu'il faut comprendre d'abord, car cette ville n'est pas une station balnéaire et ne prétend pas l'être. C'est une capitale caribéenne qui travaille, posée sur le golfe de Paria, adossée au mur vert de la Northern Range, et dont l'importance est culturelle plutôt que pittoresque : le calypso et la soca en sont sortis, et son carnaval a servi de modèle à ceux de Notting Hill comme de Toronto. Le centre de gravité est la Queen's Park Savannah, immense pelouse ouverte en haut de la ville, ceinturée d'une route que tout le monde emprunte, bordée de coureurs et de vendeurs d'eau de coco, et qui sert de terrain de jugement quand les bandes défilent. Sur son flanc ouest s'alignent sept demeures de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, toutes différentes, dites les Magnificent Seven, dont la Boissière House et ses dentelles de bois. En contrebas, le centre ancien descend vers le front de mer. La table justifie à elle seule le séjour : les doubles, pois chiches au curry pliés dans deux galettes bara, sont l'institution du petit-déjeuner.
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Un carnaval que les Antilles françaises peuvent lire
Pour un lecteur martiniquais ou guadeloupéen, la comparaison s'impose et elle est instructive. La saison est la même et s'achève aux mêmes jours — le lundi et le mardi précédant le mercredi des Cendres, donc une date mobile — et les traditions de mas sont apparentées. Ce qui diffère est l'échelle et la bande-son : ici, la soca et le calypso mènent, le steelpan tient un rôle que les orchestres antillais ne lui donnent pas, et la compétition Panorama structure toute la saison. Autre différence de fond : à Trinité, on ne regarde pas, on entre dans une bande, on prend son costume et on marche le parcours. Faire les deux carnavals la même année est une comparaison que peu de voyageurs mènent et qui en apprend beaucoup sur les deux.
Les panyards — la plus belle chose gratuite de la Caraïbe
Dès janvier, les orchestres de steelpan répètent en plein air dans leur cour d'attache à travers la ville — demandez du côté de Laventille, de Woodbrook et de St James — et travaillent leur morceau du Panorama, soir après soir, de zéro. On peut venir écouter, simplement. Ni scène ni billet : on se tient au bord d'une cour pendant qu'une centaine d'exécutants démontent puis remontent une pièce, et c'est très probablement la plus extraordinaire chose gratuite de toute la région. Hors saison, le patrimoine du steelpan se découvre à l'année à la National Academy for the Performing Arts. Si vous ne retenez qu'un conseil sur cette ville : trouvez un panyard.
Le carnaval, et comment on y participe
Les deux journées publiques tombent le lundi et le mardi d'avant les Cendres, mais la saison court sur des semaines, avec des fêtes presque chaque fin de semaine. Elle commence vraiment avant l'aube du lundi avec le j'ouvert : les rues se remplissent de boue, de peinture et d'huile, et il n'y a alors aucun public — tout le monde est dedans. Le mardi vient le Parade of the Bands, la mascarade costumée qui traverse les points de jugement de la Savannah, et la façon de le vivre est de s'inscrire dans une bande, de récupérer son costume et de marcher le parcours. Regarder reste possible et nettement moins intéressant. Vols, hébergements et inscriptions partent des mois à l'avance : ce voyage se prépare longtemps d'avance ou pas du tout.
La Savannah et les sept demeures
La Savannah est le poumon de la ville et son point de repère — une vaste pelouse ouverte en haut du centre, ceinturée d'une route qui sert de carte mentale à tout le monde, avec des vendeurs d'eau de coco à même le plateau des camionnettes. Sur son côté ouest s'alignent les demeures de la fin de l'époque victorienne et de l'époque édouardienne que l'on appelle les Magnificent Seven : aucune ne ressemble à sa voisine, l'une à tourelles, l'autre largement arcadée, et parmi elles la Boissière House et ses dentelles de bois découpé. On les regarde depuis le trottoir plutôt qu'on ne les visite, de préférence en fin d'après-midi. Au nord, le jardin botanique et le petit zoo d'Emperor Valley offrent une heure d'ombre.
Doubles, roti et la table de tous les jours
Trinité compte la plus importante population indo-caribéenne des Amériques, et sa cuisine en découle entièrement — non comme une cuisine à part, mais comme la cuisine ordinaire. Les doubles s'apprennent en premier : deux galettes bara frites et souples refermées sur des pois chiches au curry, commandées selon le niveau de piment, mangées debout au comptoir le matin pour presque rien. Dites « slight » si vous hésitez. Le roti se mange à toute heure, garni de viande ou de légumes au curry ; le pholourie à la sauce tamarin est l'en-cas ; le pelau, plat de riz en un seul chaudron, revient à chaque réunion de famille. Le soir, l'avenue Ariapita, à Woodbrook, concentre les tables et les bars.
Par-dessus la montagne, jusqu'à Maracas
La demi-journée classique hors de la ville franchit la Northern Range par la North Coast Road et redescend sur la baie de Maracas, côté atlantique, avec un belvédère à mi-parcours où tout le monde s'arrête. La plage est une longue étendue de sable grossier battue par la houle, bordée de palmiers : on y nage dans de vraies vagues et non dans un lagon, alors surveillez les drapeaux et les sauveteurs. Ce que l'on vient réellement y chercher, c'est le bake-and-shark : un beignet de requin dans un pain frit, que l'on garnit soi-même à une table de condiments — tamarin, sauce à l'ail, piment, ananas, crudités. Las Cuevas, plus calme, est un peu plus loin sur la même route.
Caroni au couchant, et la carte qui parle français
À une vingtaine de minutes au sud, la réserve de Caroni est une mangrove parcourue en barque à plat selon un rythme quotidien fixe : on part en fin d'après-midi, on file dans les chenaux pendant que le guide montre hérons, caïmans et boas arboricoles, puis on mouille en eau libre au crépuscule. C'est alors que tout se joue — des milliers d'ibis rouges, l'oiseau national, rentrent au dortoir par vagues et embrasent des îlots entiers de mangrove. Détail que vous remarquerez sur la route : la carte de l'île se lit en partie en français — Laventille, Blanchisseuse, Sans Souci, Champs Fleurs, Petit Valley — et le créole ancien de l'île était à base lexicale française, même si l'anglais domine aujourd'hui partout.
Comment ce carnaval se compare-t-il à celui des Antilles françaises ?
La saison est la même et les traditions de mas sont apparentées, ce qui rend la comparaison naturelle ; l'échelle et la musique diffèrent nettement. À Trinité, la soca et le calypso mènent, le steelpan occupe une place que les orchestres martiniquais et guadeloupéens ne lui accordent pas, et la compétition Panorama structure toute la saison en amont. Surtout, la logique de participation y est plus poussée : on s'inscrit dans une bande, on prend un costume et on marche le parcours du mardi, plutôt que de se poster sur un trottoir. Aucun des deux n'est supérieur ; ils s'éclairent l'un l'autre, et les faire la même année est instructif.
Port-d'Espagne est-elle une destination balnéaire ?
Non, et l'y attendre est l'erreur la plus courante. Des deux îles, Trinité est l'île culturelle — carnaval, steelpan, calypso et soca, cuisine, et une observation ornithologique parmi les meilleures des Amériques — tandis que Tobago, à un court vol ou une traversée, est l'île des plages et des récifs. Port-d'Espagne elle-même n'a pas de plage : la baignade la plus proche est à Maracas ou Las Cuevas, de l'autre côté de la Northern Range, avec une vraie houle atlantique et non un lagon abrité. Venez ici pour la musique, la rue et la table, et allez à Tobago pour le sable.
Peut-on visiter un panyard hors saison ?
L'expérience complète appartient à la saison. De janvier au carnaval, les orchestres répètent en plein air dans leur cour presque tous les soirs en préparant leur morceau du Panorama, et chacun peut se tenir au bord et écouter gratuitement — c'est ce que la ville a de mieux. En dehors de ces semaines, les cours sont beaucoup plus calmes, même si certains orchestres travaillent encore et que la National Academy for the Performing Arts présente le steelpan toute l'année. Si le pan est votre motif de voyage, visez janvier ou février ; à une autre période, renseignez-vous sur place, car des répétitions ont lieu autour d'autres compétitions.
Quelle est la meilleure période ?
De janvier à mai, c'est la saison sèche, et elle contient à la fois le carnaval et la saison des panyards : c'est de loin la meilleure fenêtre, à la réserve près qu'un voyage de carnaval se réserve des mois à l'avance, vols, hébergements et inscription en bande partant très tôt. Pour une ville plus calme et moins chère, la période de juin à décembre est plus humide mais parfaitement praticable, et le pays se situe au sud de la principale ceinture cyclonique atlantique, si bien que les impacts directs y sont rares. La rentrée des ibis rouges à Caroni, elle, a lieu toute l'année.
3 missions dans cette ville, regroupées par région.