Brasília, Brésil
Guide de la ville avec infos clés, voyages, business et culture.
Aperçu
Le plan urbain
Les superquadras
L'architecture de Niemeyer
Le lac Paranoá
Culture
Infos pratiques
Vous connaissez probablement déjà Oscar Niemeyer sans le savoir : le Volcan du Havre et la Bourse du travail de Bobigny sont de lui, et c'est ici, sur un plateau vide du centre du Brésil, que ce vocabulaire de courbes et de béton a trouvé sa ville entière. Brasília est un lieu qu'il faut lire avant de pouvoir le voir. Tracée à la fin des années 1950 et inaugurée en 1960, plan de l'urbaniste Lúcio Costa, bâtiments de Niemeyer, jardins de Roberto Burle Marx, elle est la seule ville construite au XXe siècle inscrite au patrimoine mondial pour son urbanisme plutôt que pour ses monuments. Le plan tient en deux axes croisés. L'Eixo Monumental est une immense bande cérémonielle rectiligne qui porte les édifices institutionnels et s'achève sur une place. L'autre axe, incurvé, porte le logement, organisé en superquadras — îlots résidentiels d'immeubles bas posés sur pilotis, chacun avec son école, ses commerces et ses espaces plantés, groupés par quatre pour que la vie quotidienne se fasse à distance de marche. Première conséquence pour le visiteur : les ailes résidentielles n'ont pratiquement pas de noms de rues, les adresses étant des codes alphanumériques qui indiquent exactement votre position dans la trame. Seconde : l'échelle. La ville a été pensée pour l'automobile par une décennie qui y croyait, et les distances le long des axes se marchent mal. Un ou deux jours, le diagramme compris d'abord.
Découvrir Brasília
Le plan : deux axes et ce qu'ils font
Tout découle du diagramme de Costa. L'Eixo Monumental est un axe cérémoniel rectiligne, exceptionnellement large, le long duquel les édifices institutionnels sont espacés et qui se termine par la Praça dos Três Poderes. Le croisant, l'Eixo Rodoviário décrit une courbe douce et porte les ailes résidentielles nord et sud — d'où la comparaison courante avec un oiseau ou un avion en plan, même si Costa y voyait simplement le signe de la croix adapté au relief. À l'intersection se trouvent la gare routière centrale et les secteurs commerciaux. Les fonctions sont séparées à dessein : institutionnel ici, résidentiel là, commerces et hôtels dans des secteurs définis. C'est cette séparation qui rend la ville lisible d'avion et exigeante à pied.
La superquadra — la vraie invention
L'îlot résidentiel est la part de Brasília qui mérite le plus d'être comprise, et celle que les visiteurs sautent le plus souvent. Chaque superquadra réunit des immeubles plafonnés à six étages, posés sur pilotis pour que le sol file librement en dessous, disposés parmi les arbres plutôt qu'alignés sur une rue, et masqués de l'axe par des plantations. Quatre superquadras forment une unité de voisinage partageant école, église, cinéma et bande commerciale : l'idée est que les besoins ordinaires se règlent à pied, sans traverser de voie rapide. Entrez dans l'une d'elles — SQS 308, avec sa chapelle et sa pelouse, sert d'exemple habituel — et l'ambition de la ville devient concrète comme aucun monument ne le rend. Que le pari soit tenu se discute ; que l'idée soit sérieuse, non.
Des adresses sans noms de rues
Dans les ailes résidentielles, il n'y a pour ainsi dire pas de noms de rues, et ce n'est pas un oubli : le plan les a remplacés par un système de coordonnées. Une adresse est un code qui vous situe précisément — abréviation de secteur, numéro d'îlot, bâtiment, appartement. SQS 308 Bloco C se lit superquadra sud 308, bâtiment C ; une adresse commerciale du même secteur commencera par CLS et non SQS. La numérotation est systématique : le premier chiffre de l'îlot renvoie à la distance à l'axe central, le dernier à la position le long de celui-ci, de sorte qu'un habitant situe une adresse sans carte. Pour vous, la règle pratique est de reprendre le code exactement tel qu'il est donné : demander une rue ne mènera nulle part.
Niemeyer, et la France qui l'a déjà bâti
Les bâtiments récompensent le regard lent. La cathédrale est à voir en premier : seize colonnes de béton incurvées montant vers une couronne, une rampe sombre pour entrer, et l'on débouche dans un flot de verre bleu et vert avec des anges de bronze suspendus. Le Congrès national associe deux tours à deux coupoles, l'une convexe, l'autre en vasque. Le palais Itamaraty, siège des Affaires étrangères, est le préféré des connaisseurs : une boîte à arcades posée dans un bassin, jardin de Burle Marx à l'intérieur. Ce vocabulaire ne vous sera pas étranger : Niemeyer a bâti en France, et si vous êtes entré au Volcan du Havre ou à la Bourse du travail de Bobigny, vous avez déjà éprouvé ces courbes — ici, elles font une ville entière au lieu d'un édifice isolé.
Le lac, le pont et là où la ville souffle
Le lac Paranoá a été créé avec le plan, pour relever l'humidité de l'air et donner une rive à la ville, et c'est là que Brasília se rend quand elle ne travaille pas. Le Ponte JK le franchit par trois arcs d'acier asymétriques qui enjambent le tablier en alternance — la structure la plus photographiée après la cathédrale. Sur la berge, le Pontão do Lago Sul aligne restaurants et bars tournés vers le couchant, spectaculaire en saison sèche : l'air est si limpide et l'horizon si vaste que le ciel entier change de couleur. Le lac fait aussi vivre des clubs de voile et de pagaie, et la chapelle Ermida Dom Bosco, sur la rive opposée, offre le point de vue classique vers la ville.
Manger dans une ville d'arrivants
Personne ici n'a de famille installée depuis plus de quelques générations, puisque la ville est plus jeune que cela : elle a été peuplée par des gens venus de tout le Brésil pour la construire puis la faire fonctionner. La table suit. C'est l'un des endroits les plus commodes du pays pour goûter côte à côte les cuisines régionales, celle du Nordeste étant particulièrement bien représentée. Les bandes commerciales des superquadras abritent les restaurants du quotidien, ceux que les habitants fréquentent réellement, tandis que la rive du lac et les secteurs hôteliers tiennent le registre plus formel. Cherchez le pequi, fruit très aromatique du cerrado environnant, cuisiné avec le poulet et le riz : c'est la saveur qui appartient vraiment à ce plateau.
Y aller, s'y déplacer, et les deux saisons
L'aéroport de Brasília est l'un des grands hubs brésiliens : beaucoup de voyageurs y transitent de toute façon entre deux villes côtières, ce qui rend une escale volontaire d'un ou deux jours facile à organiser plutôt qu'un détour. Au sol, admettez que c'est une ville d'automobile : taxis et applications de course sont le moyen pratique de passer d'un secteur à l'autre, les distances le long des axes sont longues et les cheminements piétons souvent indirects. Louer une voiture avec chauffeur, ou un guide, pour une demi-journée d'architecture est courant et fait gagner beaucoup de temps. Le climat a deux modes plutôt que quatre saisons : une saison des pluies d'octobre à avril, avec de fortes averses l'après-midi, et une saison sèche de mai à septembre où l'humidité tombe très bas — buvez bien plus que vous ne le pensez.
Brasília vaut-elle le détour dans un voyage au Brésil ?
Oui, à condition de l'aborder comme de l'architecture et de l'urbanisme, non comme une escapade urbaine classique. C'est la seule ville du XXe siècle inscrite à l'UNESCO pour son plan, et voir l'œuvre de Costa et de Niemeyer là où elle a été conçue n'a rien à voir avec la photographie. Ce n'est en revanche pas une ville de rues pittoresques où flâner — c'est précisément ce que le plan a remplacé. Un à deux jours constituent la bonne dose, et comme l'aéroport est un grand hub national, la plupart des itinéraires brésiliens absorbent l'escale sans détour véritable.
Pourquoi n'y a-t-il pas de noms de rues ?
Parce que le plan les a remplacés par un système de coordonnées. Dans les ailes résidentielles, une adresse est un code alphanumérique qui désigne secteur, îlot, bâtiment et appartement — SQS 308 Bloco C par exemple — et la numérotation est assez systématique pour qu'un habitant situe l'adresse sans carte : les chiffres encodent la distance à l'axe central et la position le long de celui-ci. C'est plus précis qu'un nom de rue, et non l'inverse, une fois qu'on sait le lire. En pratique, reprenez le code exactement tel qu'il vous est donné, lettres de secteur comprises : les applications de cartographie le gèrent bien, et demander une rue ne servira à rien.
Combien de temps, et peut-on visiter à pied ?
Une journée couvre l'architecture essentielle si vous êtes organisé ; deux permettent d'ajouter une superquadra, le lac et un musée sans courir. Tout faire à pied n'est pas réaliste : Brasília a été conçue pour l'automobile pendant la décennie qui y croyait le plus, l'axe monumental est très long, l'ombre rare et les liaisons piétonnes entre secteurs indirectes. La plupart des visiteurs enchaînent les étapes en voiture de course et marchent à l'intérieur de chacune, ou louent une voiture avec chauffeur pour une demi-journée. À l'intérieur d'une superquadra, en revanche, marcher est exactement ce que le plan prévoit.
Quelle saison choisir ?
La saison sèche, de mai à septembre environ, offre un soleil fiable, des ciels spectaculaires et ces couchants très purs sur le lac — au prix d'une humidité extrêmement basse, qui surprend les visiteurs avec peau sèche, saignements de nez et déshydratation s'ils ne boivent pas beaucoup plus que d'habitude. La saison des pluies, d'octobre à avril, est plus verte et plus confortable à respirer, mais apporte de fortes averses l'après-midi capables de ruiner un programme extérieur. Pour l'architecture au meilleur de sa lumière, la saison sèche l'emporte ; pour marcher confortablement, les mois de transition sont le compromis.
15 missions dans cette ville, regroupées par région.