Dossier voyage
Les villes universitaires : comprendre le système des colleges
On visite Oxford et Cambridge comme des monuments, alors qu'elles fonctionnent d'abord comme des universités en activité — et cette distinction explique presque tout ce qui y paraît imprévisible : pourquoi la chapelle d'un college est ouverte et celle du voisin fermée, pourquoi une cour accessible le mois dernier ne l'est plus, pourquoi la période d'examens change tout le calendrier de visite. Le mécanisme derrière tout cela porte un nom, le système des colleges, et le lecteur francophone part ici avec un handicap précis : aucun des mots dont il dispose ne le décrit correctement.
Mis à jour : 2026-08-26
Un faux ami, et pourquoi il vous fait tout comprendre de travers
Commençons par le piège : en français, un collège est un établissement du secondaire. En anglais universitaire, un college n'est rien de tel — et il n'est pas non plus une résidence étudiante, ni une faculté, ni une grande école. Aucun des quatre modèles mentaux disponibles ne convient, et c'est exactement pourquoi les règles d'accès paraissent arbitraires à un visiteur français : il les rapporte à une structure qui n'existe pas ici.
Ce qu'est réellement un college : une institution semi-autonome, souvent vieille de plusieurs siècles, avec son propre patrimoine immobilier, sa propre fortune, sa propre procédure d'admission, sa table commune, sa chapelle, sa bibliothèque et ses enseignants — le tout à l'intérieur d'une université qui, elle, délivre les diplômes. Oxford et Cambridge sont des fédérations de dizaines de ces institutions, pas des campus. Le mot campus, d'ailleurs, ne s'applique pas : il n'y a pas d'enceinte, pas de site unique, la ville et l'université sont imbriquées rue par rue. Un étudiant appartient d'abord à son college, y est admis, y mange, y est suivi en petit groupe par ses tuteurs — et une même discipline se vit donc assez différemment d'un college à l'autre.
Ce que cela change concrètement pour visiter
Puisque chaque college fixe ses propres horaires et répond à sa propre gouvernance plutôt qu'à une autorité centrale qui uniformiserait l'accès, visiter ces villes suppose de vérifier les horaires college par college, et non de supposer une politique commune. Une porte close n'est pas un dysfonctionnement : c'est le rythme ordinaire d'une institution qui travaille.
Les périodes d'examens accentuent encore l'imprévisibilité : les colleges restreignent ou ferment couramment l'accès aux visiteurs pendant les semaines d'épreuves, au printemps notamment, précisément parce que des étudiants vivent et travaillent à l'intérieur de ces bâtiments — ils n'y étudient pas seulement, ils y habitent. Vérifier les accès des colleges précis autour desquels on veut bâtir sa journée vaut les quelques minutes que cela prend, et évite de traverser la ville pour une grille fermée.
Oxford : la Bodléienne, Christ Church et la ligne des toits
La Bodléienne, l'une des plus anciennes bibliothèques d'Europe, reste une bibliothèque de recherche en activité en même temps qu'un lieu de visite, et la Radcliffe Camera, sa salle de lecture circulaire, est devenue l'un des bâtiments les plus photographiés de la ville précisément parce qu'elle ne ressemble à aucune bibliothèque connue. Christ Church, l'un des plus grands et des plus visités des colleges d'Oxford, associe une histoire académique considérable à une notoriété plus récente de lieu de tournage, dont le hall et l'escalier ont visiblement inspiré une certaine façon de représenter les grandes salles à manger institutionnelles.
Le punt — la barque à perche que l'on pousse debout — sur la Cherwell ou sur l'Isis, le nom que prend la Tamise à Oxford, reste la manière la moins fatigante de voir la ville depuis l'eau. Et les visites guidées conduites par des étudiants ou d'anciens étudiants expliquent le fonctionnement interne du système bien mieux qu'une déambulation solitaire : c'est le seul moyen simple d'accéder à ce que l'architecture ne montre pas.
Cambridge : King's College Chapel et les Backs
Cambridge obéit à la même logique collégiale qu'Oxford, et King's College Chapel en est l'expression la plus immédiatement saisissante : une voûte en éventail gothique tardif élevée sur plus d'un siècle de construction, toujours utilisée pour sa fonction d'origine, avec un chœur réputé, plutôt que conservée pour les visiteurs. Les Backs, cette bande de pelouses et de jardins qui borde la Cam derrière plusieurs colleges riverains, offrent la vue classique de l'architecture des colleges reflétée dans l'eau — à pied depuis les chemins publics, ou en punt comme à Oxford.
Trinity College détient une part réelle de l'histoire des sciences : le pommier planté dans ses jardins descend, par greffe, de celui associé aux réflexions d'Isaac Newton sur la gravité, dans un college dont la liste d'anciens élèves tient lieu de panorama de la vie scientifique et intellectuelle britannique sur plusieurs siècles.
St Andrews et Durham : la même logique, en plus calme
St Andrews, sur la côte est de l'Écosse, fonctionne sur une version plus petite de la même structure et porte une identité propre : c'est le berceau du golf, et l'Old Course reste un parcours en activité plutôt qu'une pièce de musée, voisin des bâtiments universitaires plusieurs fois centenaires. La notoriété royale de la ville — un futur roi et une future reine s'y sont rencontrés étudiants — ajoute une couche de visibilité récente à ce qui reste par ailleurs une ville universitaire véritablement calme et parcourable à pied, bien moins fréquentée qu'Oxford ou Cambridge.
Durham, dans le nord de l'Angleterre, associe sa propre université collégiale à une cathédrale et un château normands occupant une péninsule spectaculaire formée par une boucle serrée de la Wear. L'ensemble cathédrale-château est inscrit au patrimoine mondial, et le centre compact et vallonné se parcourt en une demi-journée qui mêle histoire architecturale sérieuse et atmosphère universitaire vivante, dans un calme que ni Oxford ni Cambridge ne connaissent plus.