Dossier voyage
La Grande Muraille : choisir le bon tronçon
La Grande Muraille n'est pas un mur. C'est un réseau de fortifications édifiées par plusieurs dynasties, dont le linéaire dépasse 21 000 kilomètres, et les tronçons à portée de Pékin sont restaurés à des degrés très inégaux : d'un côté des remparts entièrement reconstruits, balisés et fréquentés ; de l'autre des ruines laissées à elles-mêmes, où l'on marche seul. La question « quel tronçon visiter » est donc en réalité une question de préférence personnelle, et y répondre franchement avant de réserver évite la déception la plus courante du voyage en Chine du Nord.
Mis à jour : 2026-08-23
Une échelle de restauration, pas un site unique
Tous les classements de tronçons décrivent au fond la même variable sous des angles différents : l'ampleur des travaux de restauration, et la manière dont elle commande tout le reste de la visite. Un tronçon très restauré offre un sol régulier, un accès simple, une signalétique claire et beaucoup de monde. Un tronçon peu ou pas restauré échange tout cela contre le silence, une marche plus exigeante et des perspectives qui donnent l'impression d'avoir été trouvées plutôt que présentées.
Aucune des deux extrémités n'est meilleure que l'autre : elles répondent à des attentes différentes. Un voyageur qui marche difficilement, qui compose avec une météo incertaine ou qui ne dispose que d'une demi-journée sera mieux servi par le versant restauré. Celui qui vient chercher la photographie de crête, ou simplement la muraille sans la foule, a sa place du côté des tronçons les moins restaurés. Trancher cette question avant de réserver évite l'erreur la plus fréquente : choisir un tronçon parce que son nom est connu, puis découvrir sur place qu'il ne correspondait pas du tout à l'idée que l'on s'en faisait.
La distance depuis Pékin suit vaguement la même logique — les tronçons les plus proches ont été les premiers aménagés pour les visiteurs, et l'effort demandé augmente à mesure que l'on s'éloigne — mais la règle n'a rien d'absolu : quelques portions d'allure très sauvage se trouvent étonnamment près de la capitale.
Le versant accessible : Badaling et Mutianyu
Badaling est le tronçon le plus visité et le plus complètement restauré, atteignable depuis le centre de Pékin en moins de deux heures par le train de banlieue et un bus. C'est le bon choix quand la marche est limitée, quand la météo est incertaine ou quand la journée doit rester simple : dallage large et régulier, signalétique lisible, aménagements partout — au prix d'être aussi le plus fréquenté de tous.
Mutianyu, plus loin de la ville, passe généralement pour le meilleur compromis de tous les tronçons : un téléphérique hisse les visiteurs jusqu'à la muraille, une piste de luge d'été transforme la descente en moment à part entière, et les tours de guet comme les vues de crête sont spectaculaires sans exiger de randonnée soutenue. La fréquentation y est réelle, mais nettement inférieure à celle de Badaling, et l'extrémité orientale récompense particulièrement ceux qui acceptent de marcher un peu au-delà de la sortie du téléphérique.
Ces deux tronçons conviennent aux voyageurs qui veulent la muraille comme un temps fort et non comme une expédition : une demi-journée hors de Pékin, dont on revient avec assez d'énergie pour la soirée en ville.
Le versant sauvage : Jinshanling et Simatai
Jinshanling bascule de l'autre côté : à moitié relevé, à moitié laissé en ruine, avec des tours de guet qui s'effacent dans la brume des deux côtés d'une crête au caractère isolé. C'est le tronçon des photographes — peu de visiteurs, une lumière superbe, et la possibilité d'une marche de crête d'environ quatre heures vers Simatai-Est qui compte parmi les plus belles demi-journées de randonnée accessibles depuis Pékin. Le sol y est inégal par endroits : à éviter par météo incertaine, ou si l'on marche difficilement.
Simatai est le seul tronçon qui reste ouvert après la tombée du jour, et une visite du soir — la muraille éclairée contre le ciel noir, une fréquentation sans commune mesure avec n'importe quel créneau diurne ailleurs — constitue une expérience réellement différente. Elle récompense surtout ceux qui ont déjà vu la muraille de jour sur un autre tronçon et qui veulent une seconde rencontre, plus calme, avec le même ouvrage.
Ces deux tronçons demandent davantage que Badaling ou Mutianyu : du temps, de vraies chaussures et l'acceptation d'un terrain inégal. La contrepartie est à la hauteur, en calme comme en atmosphère.
Là où la muraille continue
Les tronçons pékinois ne sont que la portion la plus photographiée d'un ouvrage qui se poursuit bien au-delà de la capitale. Vers l'ouest, la muraille traverse Datong et la passe de Yanmen dans le Shanxi, puis le Ningxia et le Gansu, épousant l'ancienne frontière entre la Chine agricole et la steppe.
Elle atteint son extrémité occidentale à la forteresse de Jiayuguan, dans le Gansu, là où le rempart touche le désert de Gobi — contrepoint parfait aux tronçons restaurés et encadrés des environs de Pékin, et porte d'entrée naturelle vers le corridor de la Route de la Soie qui file ensuite vers Dunhuang.
Les voyageurs conquis par la muraille près de Pékin et curieux de voir comment le même ouvrage se comporte dans un paysage radicalement différent disposent donc d'une vraie option : Jiayuguan s'intègre à un itinéraire plus large à travers le Gansu, et la muraille qui rejoint le désert laisse un tout autre souvenir que la muraille sur une crête boisée.