Dossier voyage
Les réseaux de tunnels du Vietnam : réseau de combat et village souterrain
Les deux réseaux de tunnels les plus visités du Vietnam, Củ Chi près de Hô Chi Minh-Ville et Vĩnh Mốc près de l'ancienne zone démilitarisée, sont généralement rangés sous une même étiquette, « tunnels de guerre » ; la logique de construction de chacun est pourtant réellement différente, parce que le problème que chacun devait résoudre n'était pas le même. Củ Chi a été creusé comme un réseau de combat, pour une petite force mobile qui devait disparaître et réapparaître sur un large territoire ; Vĩnh Mốc, pour maintenir en vie sous terre, des années durant, un village de pêcheurs entier, familles comprises, sous l'un des bombardements les plus intenses de la guerre. Lire l'un et l'autre à travers cette distinction éclaire bien davantage que de les traiter comme une visite de tunnels quelconque.
Mis à jour : 2026-09-19
Củ Chi : une ingénierie de la disparition, pas de l'abri
Le réseau de Củ Chi — quelque 250 kilomètres de galeries interconnectées à son apogée, pendant la guerre, sous le district au nord-ouest de Hô Chi Minh-Ville — a été conçu autour d'un seul problème tactique : comment une force réduite et légèrement équipée pouvait opérer face à une armée conventionnelle bien plus nombreuse sans se laisser fixer. Les galeries s'étageaient sur plusieurs niveaux, certaines à plus de dix mètres sous terre, reliant des cuisines à cheminées détournant la fumée, des dortoirs, des ateliers d'armement et des postes de commandement, avec des entrées camouflées assez étroites pour ne laisser passer qu'une silhouette mince — une contrainte de conception délibérée, et non un hasard lié à la corpulence de ceux qui les ont creusées.
Cette logique explique pourquoi Củ Chi se visite comme un réseau bâti pour le mouvement et la dissimulation plutôt que pour l'habitation : des prises d'air déguisées en termitières, des trappes invisibles tant qu'on ne vous les montre pas, et des boyaux si étroits que la plupart des visiteurs d'aujourd'hui empruntent les sections élargies pour le tourisme plutôt que les originales. Les tunnels servaient moins de lieu de vie que de moyen de s'évanouir, de frapper, puis de s'évanouir de nouveau — exactement le problème inverse de celui d'un abri destiné à garder des gens en sécurité au même endroit pendant une longue période.
Vĩnh Mốc : un village entier, bâti pour tenir plutôt que disparaître
Les tunnels de Vĩnh Mốc, près de la côte, juste au nord de l'ancienne zone démilitarisée qui coupait le pays le long du 17e parallèle, résolvaient un tout autre problème : comment garder en vie la population civile d'un village de pêcheurs, enfants et personnes âgées comprises, pendant des années de bombardements continus visant à couper les voies d'approvisionnement vers le front. Le résultat est un véritable habitat souterrain, et non un réseau de combat : des logements familiaux, une école, une salle d'accouchement où plus d'une douzaine d'enfants sont nés sous terre, des puits, et des réserves pour le riz et les vivres dont le village avait besoin pour fonctionner comme une communauté et non comme une troupe.
Cette conception d'habitat civil se lit dans les proportions : les galeries de Vĩnh Mốc sont nettement plus larges et mieux ventilées que celles de Củ Chi, faites pour être habitées en continu par des familles plutôt que parcourues brièvement par des combattants — conséquence structurelle directe d'un problème posé en termes de « comment un village survit-il ici » plutôt que de « comment une unité frappe-t-elle puis disparaît-elle ».
Une même étiquette, deux mécanismes : ce que cela change à la visite
Ranger les deux sites sous l'étiquette « tunnels de guerre » écrase une distinction pourtant utile : Củ Chi récompense l'attention portée à son ingénierie de la dissimulation — entrées camouflées, astuces de ventilation, étroitesse voulue — quand Vĩnh Mốc récompense l'attention portée à son ingénierie de l'habitat, c'est-à-dire à la façon dont les besoins quotidiens de toute une communauté, naissances comprises, ont été résolus sous terre des années durant. Visiter l'un avec la logique de l'autre en tête, c'est passer à côté de ce qui fait la singularité de chacun.
La géographie sépare aussi les deux sites en pratique : Củ Chi tient dans une excursion d'une journée depuis Hô Chi Minh-Ville, tandis que Vĩnh Mốc se trouve loin au nord, près de Đông Hà et de Huế, ce qui rend les deux difficilement compatibles dans un même voyage pour la plupart des itinéraires — la plupart des visiteurs voient l'un ou l'autre selon l'extrémité du pays que traverse leur parcours, et non les deux.